Description
Rachel Hubert change les règles du grand rouge bordelais
À Château Peybonhomme-les-Tours, Rachel Hubert poursuit une histoire familiale commencée à la fin du XIXe siècle, mais elle ne cherche pas à reproduire le Bordeaux d’hier. Le domaine est conduit en agriculture biologique et biodynamique depuis 2000 et revendique une approche fondée sur la vie des sols, l’observation de la vigne et une intervention limitée au chai.
Energies est le grand vin de Peybonhomme. C’est la cuvée qui concentre le mieux cette vision : un grand rouge issu de la rive droite de l’estuaire, construit autour du merlot et du malbec, sur un terroir argilo-calcaire, puis élevé en amphore.
Rachel Hubert travaille également avec une maître de chai. Cette présence féminine à la direction du domaine et au chai est un fait. En revanche, parler d’un vin « féminin » demande davantage de prudence : un vin n’est évidemment pas féminin parce qu’une femme le vinifie.
Mais l’opposition devient intéressante lorsque l’on regarde les choix concrets.
Deux Bordeaux, deux idées du grand rouge
D’un côté de l’estuaire, le Médoc a construit sa réputation autour de grands rouges dominés par le cabernet sauvignon : un cépage naturellement structurant et tannique, associé aux vins de garde et traditionnellement accompagné par l’élevage en barrique. Bordeaux.com décrit lui-même le cabernet sauvignon comme puissant, structuré et tannique, et le présente comme particulièrement associé aux appellations prestigieuses de la rive gauche.
De l’autre côté, Peybonhomme fait un choix radicalement différent.
Merlot et malbec plutôt que domination du cabernet sauvignon. Terroir argilo-calcaire plutôt que recherche de puissance. Extraction maîtrisée plutôt que concentration maximale. Amphore plutôt que bois neuf.
La caricature serait de résumer cela à des vins « masculins » d’un côté et « féminins » de l’autre. Ce serait évidemment trop simple. Mais l’image du vin « bodybuildé » dit quelque chose d’une certaine conception du grand Bordeaux : beaucoup de matière, des tanins affirmés, du bois et une structure destinée à la garde.
Energies prend le chemin inverse : il cherche la profondeur sans alourdir le vin.
Le calcaire et le merlot comme ligne directrice
Peybonhomme se trouve à Cars, près de Blaye, sur les coteaux qui dominent l’estuaire de la Gironde. Le vignoble repose notamment sur des terroirs argilo-calcaires. La famille Hubert souligne elle-même la minéralité que ces sols peuvent apporter à ses vins.
Dans Energies 2022, le merlot représente 60 % de l’assemblage, complété par 40 % de malbec.
Le choix du merlot compte. Sur la rive droite, il permet de construire des rouges sur le fruit, la souplesse et la texture plutôt que de chercher la puissance tannique du cabernet sauvignon. Le malbec apporte de la profondeur et de la structure.
Mais le terroir ne suffit pas. Il faut encore éviter de le recouvrir par la vinification.
Extraire moins pour laisser davantage de place au vin
Energies est fermenté avec les levures indigènes. La macération post-fermentaire dure une semaine, avec une extraction qui reste mesurée. Le domaine limite également les intrants et ne pratique pas de collage.
Cette approche n'a rien d'un laisser-faire : elle consiste au contraire à décider ce que l'on veut extraire et ce que l'on veut préserver.
Le but est de garder la profondeur du raisin sans fabriquer un vin dominé par ses tanins.
Douze mois en amphore
Le choix de l'élevage complète cette logique.
Energies passe douze mois en amphore. Le domaine explique que cet élevage permet d'« assagir » la matière et de gagner en tendreté et en amplitude.
L'amphore ne marque pas le vin comme peut le faire une barrique neuve. Elle permet donc d'accompagner l'évolution du vin sans ajouter au fruit les arômes et les tanins du bois.
Le résultat recherché est clair : laisser le terroir et le cépage prendre la place du contenant.
Energies : un grand vin bordelais sans démonstration de force
C'est là que la cuvée prend tout son sens.
Energies est un vin profond, ample et construit pour la garde, mais sa structure ne repose pas sur une extraction poussée ni sur un élevage marqué par le bois. Le fruit noir, la fraîcheur et une dimension minérale prennent le dessus.
À Peybonhomme, le grand rouge bordelais n'a pas besoin d'être bodybuildé pour avoir de la tenue.
C'est une position éditoriale autant qu'un choix de vinification : faire grand par la précision, la profondeur et la capacité à vieillir, plutôt que par l'accumulation de matière.
À table
Energies 2022 a la structure nécessaire pour accompagner une cuisine généreuse : grillades, volailles rôties, plats en sauce, champignons ou cuisine épicée. Le domaine recommande également les plats de caractère.
C'est un vin à servir autour de 16–18 °C, avec une cuisine qui lui laisse suffisamment de place.






